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Lonely Philou68

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Ennuimètre :

enjoué

Ma phrase du jour : 7 février 2012

Avancer encore et toujours...

made by Philou68

Mes moments d'ennui

Ils me sont pesanteur angoissante

made by Philou68

Mes news

made by Philou68

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Changements

il y a 11 mois

Voilà plus d'un mois que je me suis absenté de Lonely Lisa car j'avais en partie perdu mes mots mais, surtout, avais peu de temps à accorder à l'écriture. Je reviens aujourd'hui en espérant que vous ne m'aurez pas oublié.

Beaucoup de choses sont arrivées depuis tout ce temps, comme la fin de mon activité associative mais aussi la redécouverte de l'amour. Ma vie évolue, elle change, et je n'en suis pas mécontent, bien au contraire. Au fond, aimer est ce qu'il y a de plus important dans la vie.

Je vous laisse un nouveau texte dans mes créations. J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture et à bientôt.

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un peu mieux

il y a 12 mois

Les jours passent et je connais des hauts et des bas. Pour autant, comparativement à il y a deux semaines, je vais bien mieux.

Il existe peut-être des espoirs réalisables. Je verrai bien. Quoi qu'il en soit, cela me fait bien plaisir de vous retrouver sur ce magnifique site.

Après une petite pause littéraire, je vous laisse un nouveau texte dans mes créations. Il s'agit d'une nouvelle que je viens de terminer. J'espère que vous la lirez et qu'elle vous plaira.

Je vous adresses mes meilleures salutations et vous dis à bientôt.

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Mauvais début

il y a 12 mois

Je me vois un brin déçu par cette nouvelle année qui commence bien mal. Rien ne fonctionne comme je le voudrais et je me demande quoi faire pour arranger les choses.

Je me dis que la situation va s'améliorer et que l'espoir de jours meilleurs est un horizon valable. Mais je doute. Fort heureusement, il me reste mes mots que je puis exprimer, ci et là, notamment sur lonelylisa.

Je viens d'écrire une petite nouvelle sans prétention sinon celle d'amener à la réflexion sur le condamné. J'espère que cette nouvelle, appelée "Ultime Pensée", vous plaira.

Je vous souhaite de passer une excellente fin de semaine. A très bientôt.

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Le retour

il y a 13 mois

Bonjour à tous.

Après avoir passé une mauvaise période, j'ai retrouvé une certaine joie de vivre. Je reviens donc vers vous en espérant que vous ne m'avez pas oublié.

J'étais en panne de mots depuis plus d'un mois déjà. Et, aujourd'hui, ils sont revenus, mus probablement par une passion puissante.

En guise de cadeau de retour, je vous ai laissé une pensée intime dans mes créations. J'espère que vous la lirez et qu'elle vous plaira.

Je vous souhaite de passer une excellente semaine. A très bientôt pour un nouveau texte.

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il y a 13 mois

j'en ai assez

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Happy new year

il y a 2 an(s)

Avec un peu d'avance car je ne pourrai certainement pas mettre ces mots le 31 décembre, je souhaite à tous les lonelymakers qui me lisent une bonne année 2011. Que cette nouvelle année vous soit prospère et propice à la réalisation de tous vos voeux.

A très bientôt. Mille baisers colorés pour vous.

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Mes créations

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Le grand jour

       A quoi tient le bonheur ? A peu de choses en définitive lorsqu’on se rend compte que toute sa vie peut changer après un simple soubresaut dû à un événement anecdotique extérieur. Qu’est-ce que le bonheur sinon un laps de temps plus ou moins long où l’on se sent capable de s’envoler vers le firmament ? L’être humain navigue en des eaux mouvementées où l’accablement peut succéder à l’euphorie avant de laisser sa place à la béatitude. C’est le syndrome des montagnes russes dont l’Homme est la victime et le jouisseur en même temps. En ces instants de plénitude qui dureront un temps incertain je me permets d’écrire ces quelques mots.

            Comme à l’accoutumée, plongé dans les méandres de mes pensées confuses, je déambulais à pas lents dans cette vallée désertique qu’est la solitude. C’était la nuit, une nuit éternelle croyais-je alors, où je m’interrogeais sur les tenants et aboutissants de ma vie. Pas après pas je m’acheminais vers un lieu inconnu dont je n’attendais rien sinon la continuation de ma souffrance intérieure. Comme il est étonnant de constater que lorsque tout va mal en soi on se prend à regarder son environnement comme un je ne sais quoi de sordide, voire de délétère. Les étoiles brillaient de mille feux dans les cieux, mais leur lumière éclatante ne se reflétait pas sur mon âme tant les ténèbres de l’affliction me ravageaient. La lune déployait avec grâce sa robe argentée dans tout l’univers, mais ce spectacle n’était qu’illusion pour moi au point que je ne voyais qu’un astre noir, un abîme de confusion. Ce fut à ce moment que ça arriva, comme ça, sans prévenir, tel un éclair impromptu dans un paysage de désolation.

            Je n’avais pas vu cette colline auparavant, peut-être ne voulais-je pas la voir. Non loin de son sommet, auprès d'un courant d’eau qui dévalait la pente en un frétillement enivrant, se trouvait une silhouette imprécise, un peu comme ces mirages qui n’osent pas se dévoiler entièrement moins par pudeur que par goût du secret. Pourtant, à mesure que je grimpais la colline, les formes de cette silhouette se précisaient. Des jambes, des bras, une tête, tout un être qui se dessinait devant moi au gré de mes pas allant vers ce mirage qui n’en était plus un. C’était étrange, mon cœur battait la chamade et je ressentais comme un puissant courant électrique me traverser le corps. A quoi cela était-il donc dû ? Au fond, je n’avais à quelques encablures de moi qu’un être humain comme j’en avais vu tant. Cependant, dans le questionnement qui me submergeait, je continuais à voir se peindre ces formes qui, je commençais à m’en rendre compte, devenaient exquises à mes yeux. Encore trois mètres, j’avais les pieds dans le ruisseau et je sentis mes muscles se raidirent. Encore deux mètres et je me mis à marcher sur un parterre de fleurs chamarrées qui exhalaient un parfum que j’avais oublié, celui de la joie. Encore un mètre et le monde se mit à tourner tout autour de moi comme une farandole d’extase. J’étais près d’elle. J’étais en face d’elle. Elle. Elle me regardait comme le soleil fixe la terre : d’une caresse ambrée où rayonnait les sentiments les plus intenses. Elle se retourna soudain et monta la pente jusqu’au sommet. Je la suivis comme si j’avais été aimanté par elle, un aimant aimé.

            Nous aboutîmes sur un plateau élevé, loin si loin de la morne vallée que j’avais quitté peu de temps auparavant. Les feuilles des arbres centenaires touchaient les nuages et les oiseaux voletaient à hauteur de nos yeux. C’était un spectacle paradisiaque, c’était l’Eden retrouvé. Elle posa ses yeux sur moi, je plongeai dans les siens. Je découvris un nouveau monde, un univers fait d’or et de lumière où chaque instant passé avec elle était un pétale de rose déposé sur une fine soierie de bonheur. L’herbe était émeraude, l’écorce des arbres saphir, les fleurs rubis et le ciel diamant ; mais tous ces joyaux ne valaient plus rien pour moi tant je savais que c’était entre mes bras que je serrais le plus beau trésor du monde. Elle me susurra des mots mystérieux au creux de l’oreille, je lui en murmurais de plus étranges encore, comme si nous avions inventé un langage nouveau, une langue que nous aurions toujours connu et que nous aurions été les seuls à parler. Le vent se leva et je la serrai plus fort. La brise fit une bise à nos deux corps enlacés avant de se fondre dans l’horizon comme un espoir inespéré qui se serait enfin réalisé. Alors que la noirceur de la nuit se délitait et laissait peu à peu sa place au cristallin bleuté de l’aurore, mes lèvres s’approchèrent des siennes. Silence et pureté… L’aube naquit enfin et je l’embrassai. Ce fut enfin le grand jour, le jour de l’amour.

[..]

L'assassinat ludique

             Je sais à présent que la terreur la plus intense est celle qui se déroule dans les ténèbres au beau milieu d’un silence de plomb. Mais s’agit-il vraiment de ténèbres alors que j’entraperçois dans les rainures de cette trappe en bois des traits de lumière malingres qui s’agitent dans une frénésie qui me glace les sangs ? Mais s’agit-il du silence lorsque j’entends en des sons étouffés la clameur d’une foule en délire dont j’ignore tout des motifs de son excitation ? Je tremble de tout mon corps. C’est un peu comme si tout l’univers s’effondrait sur moi sous le poids d’une malédiction indicible qui n’aurait d’autre but que ma destruction. La misérable clarté qui s’exhale de cette trappe me permet d’apercevoir les contours de ma geôle : un cube exigu en béton qui précède un long couloir menant à cette satanée trappe qui semble me regarder d’un air moqueur. Que fais-je ici ? Je l’ignore.

        Tout s’est passé si vite. Je courais dans l’herbe humide sous le nappage délicat du soleil de mai lorsqu’ils sont arrivés avec leurs cordes et leurs chaînes. Pourtant, dans la rage de la surprise, je me suis débattu de toutes mes forces, tentant en vain de les empêcher de m’attraper. Ils y sont cependant arrivés. Après, je ne me souviens plus trop bien. Une boîte de métal sous des soubresauts inconnus, la lumière vive du grand jour qui s’est faite et vers laquelle j’ai couru. Puis, sous les coups les plus violents que j’ai jamais ressentis, la lente poussée vers cette cellule dans laquelle je me morfonds depuis des heures.

       La clameur ne cesse de s’accroître à l’extérieur, juste derrière cette maudite trappe. Malgré les cris exigus, je perçois le faible crissement de pas sur du sable. Ce sont eux, mes prédateurs, qui semblent défiler devant leurs ouailles. Je ne comprends pas. Quel est ce public ? Qui sont mes prédateurs ? Pourquoi me retrouvé-je dans ce blockhaus alors que ma vie était vouée à la prairie verdoyante ? Soudain, tel un effroi dans le vacarme, le silence se fait dehors. Rien, sinon ma terreur. Et c’est alors qu’hurlent des bouches de cuivre qui, je le sais bien par instinct, sont le prélude à l’horreur. Un nouveau silence et, tout à coup, la trappe se soulève dans un crissement de chaînes assourdissant. Une lumière aveuglante. Mes liens tombent comme par enchantement. Je peux bouger, je peux fuir. Alors, excité par la peur de me voir à jamais prisonnier de cette cage hermétique, je me rue vers ce diamant éclatant qu’est le jour, pensant ainsi échapper au destin que mes prédateurs m’ont fixé. Je cours, je cours aussi vite que je peux… et j’atteins l’autre bout du couloir.

 

        Je fonce tout droit sans regarder autour de moi, sans même me demander où je suis. Le soleil a revêtu sa carapace irradiante et, déjà, mon corps se couvre de sueur. Ma frénésie d’évasion se calme enfin et je m’arrête afin de reprendre mon souffle. Où suis-je ? Une vaste surface de sable ferme soutient mes pas alors qu’autour de moi se dessine un gigantesque cercle. Et derrière ce cercle se peignent les formes inexactes de milliers de personnes qui crient à tue-tête sans la moindre raison apparente. Peut-être souffrent-ils de me voir égaré en ce lieu étrange. Ma respiration se fait saccadée. Je suffoque. Je tourne la tête à gauche et à droite mais je ne vois pas les limites de ce cercle. Je décide d’en faire le tour. J’ai beau avancer encore et encore, aucune issue n’apparaît, juste un muret de béton entrecoupé ci et là, de manière symétrique, de grands carrés de bois derrière lesquels j’aperçois fugacement les corps malingres de quelques hommes. Ils m’observent. Je ne comprends pas. Suis-je ici pour être admiré aux yeux de tous ? Dans ce cas-là pourquoi m’avoir traité de la sorte jusqu’à présent ? Ou bien est-ce autre chose, quelque chose de bien plus diabolique ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je suis perdu.

        J’ai à peine rejoins le centre de ce grand cirque, plongé dans mon questionnement, qu’un brouhaha informe se manifeste dans la foule : deux hommes vêtus de fanfreluches ridicules aux couleurs criardes viennent de s’extraire de derrière un panneau de bois et se dirigent lentement vers moi en levant les bras au ciel. J’entends des « ah » assourdissants alors qu’ils font tournoyer au-dessus de leur tête des longues tiges à l’embout pointu. Ils s’approchent. Ils s’approchent. De plus en plus. J’expire un nuage d’impatience tout en continuant à les fixer de mes yeux. Ils baissent les bras et tendent maintenant leurs piques vers moi. Ils tournent autour de moi tel un carrousel de haine autour d’un axe de terreur. Cette terreur, cette terreur m’envahit de plus belle. Mais je n’ai pas le temps d’y faire attention car, brusquement, l’un des hommes enfonce la pointe de son arme dans mon dos. La douleur est intense. Je recule. L’autre homme fait de même. Je souffre comme un damné mais ne recule pas cette fois-ci. Ma mémoire se ravive et je revois ce prétendant qui avait été imposé à ma mère et qui ne cessait de lui tourner autour. J’avais foncé tête baissée et l’avait envoyé valdinguer quelques mètres plus loin. Tête baissée… Alors qu’un troisième coup me transperce le corps, je me rue soudain sur l’un de ces guignols aux couleurs chamarrés. Je l’ai raté. Il s’est écarté au moment où j’allais le renverser. Et un autre coup, puis encore un autre. La rage dépasse ma terreur. Je rue dans tous les sens, tentant vainement de me saisir de mes agresseurs. Mais ils sont si rapides. Ils parent toutes mes attaques. Le temps passe et point ils ne se cassent. Ils ne plient même pas devant mes assauts. Quelle bande de trouillards qui ne me frappent que lorsque j’ai le dos tourné ! D’ailleurs tout tourne, ma tête aussi. C’est la fièvre de la rage qui m’a envahi. C’est alors que mes deux assaillants s’éloignent en courant et se réfugient derrière les panneaux de bois. Aurais-je gagné ? Les applaudissements que j’entends me font croire que oui.

        Ma victoire est de courte durée. A peine ai-je eu le temps de savourer mon triomphe que surgissent au loin trois formes indistinctes qui, peu à peu, deviennent des hommes. Toujours ces hommes… vêtus des mêmes atours pompeux et éclatants. Ils dansent plus qu’ils ne marchent et leurs mouvement semblent plaire à la foule qui crie de plus belle. Et s’agitent au bout de leurs bras des objets mystérieux, ornés de rubans aux couleurs les plus rutilantes, dont l’extrémité se termine par des pointes acérées. Ils arrivent bientôt à ma hauteur sans que je ne fasse le moindre geste tant je prépare en silence mon attaque fulgurante. Trop tard ! D’un éclair luisant l’un de mes prédateurs m’enfonce une banderille dans la chair. J’ai mal, si mal. Dans un sursaut d’orgueil je me jette sur mon agresseur mais il m’évite de justesse en esquissant un pas de danse qui ravit la meute assise autour du cirque. J’ai à peine cessé mon élan, le dos tourné à mes ennemis, qu’une autre banderille se plante dans mon séant. Puis une autre, puis une autre, puis encore une autre. Les secondes de lutte deviennent des heures de souffrance dans cet univers où la violence semble confiner au plaisir. Je tourne sur moi-même en lançant un râle tonitruant qui ne provoque d’autre effet que celui des applaudissements du public. Le sable volette partout dans un brouillard de particules fines et poétiques. Pourtant, aucun poète n'écrirait des vers plus pathétiques que ceux que je grave sur le sol à la plume de mes veines percées. Le sang se mêle à ma sueur, et se dégage une odeur pestilentielle de moi que je n’ai connue qu’une seule fois. Il me souvient mes deux sœurs aux pieds de ma mère qui étaient pourtant si paisibles et aimantes et qui me furent enlevées dès le plus jeune âge. Après quoi, il y eut cette odeur d’hémoglobine qui avait émané de cette grande bâtisse blanche où tant de mes congénères rentraient mais n’en sortaient jamais. Mais mes souvenirs se déchirent soudain après qu’une de ces poupées de papier m’ait planté sa banderille dans la colonne vertébrale. Je m’écroule par terre et attends la fin puisque je la sais inéluctable. C’est à ce moment que les guignols multicolores se retirent tout à coup, me laissant seul au cœur de cette multitude qui hurle je ne sais quoi en ma direction. Les banderilles enfoncées au plus profond de mon être, je me relève lentement et fixe d’un regard désillusionné une ombre jetée près d’un de ces panneaux de bois. L’ombre d’un autre homme.

        La souffrance m’aveugle tant que j’ai du mal à distinguer cette forme longiligne qui pas à pas se dirige vers moi. Je sais à présent que le ridicule peut tuer quand je vois ce pantin grotesque gesticuler sous les vivas en arborant ses colifichets arc-en-ciel qui empestent l’égo à mille lieues. J’ignorais qu’il existait un stade supérieur à celui de la terreur, et c’est exactement par cette phase que je suis en train de passer. Ma sueur est glacée tandis que mon sang s’est figé sur mon corps. Il ne demeure plus de moi qu’un marbre de douleurs aux veinules plus anguleuses que les lignes tortueuses du Styx. Ses pas sont pourtant si légers, ne laissant qu’une empreinte fluette sur le sable doré. Comment un être ayant des mouvements si doux peut-il être dénué de tout sentiment d’empathie ? Je ne comprends pas. Il a une épée dans la main droite. Il la pointe vers moi. Mais c’est sa main gauche qui m’attire car elle agite un carré de tissu qui fait naître en moi des émotions confuses : je suis attiré et répulsé par cette couleur rouge si vivace. Je n’y tiens plus, je fonce droit sur elle. Le tissu effleure ma tête mais fuit à mon étreinte de haine mêlée d’amour. Et je me rue à nouveau sur lui, et encore une fois il s’éloigne de moi dans un mouvement leste et large. Le rouge commence à danser autour de moi et je balance mon corps d’avant en arrière en tentant vainement d’atteindre l’inaccessible. J’ignore combien de temps cela a duré, peut-être des heures. Pourtant, au bout d’un certain temps, harassé par cette course endiablée, je finis par mettre genoux à terre, la tête baissée en guise de soumission à celui qui me torture par sa série de passes au rougeoiement incandescent. Je l’avoue : je n’en puis plus. Je suis vaincu. Sous les hourras de la foule beuglante l’homme lève alors très haut son épée qui semble à présent flotter dans le firmament comme un ange venant me prononcer ses derniers sacrements. Je les écoute, résigné, n’attendant plus que l’ultime geste qui me délivrera de cet enfer ludique. Et, après une dernière vague de bravos assourdissants, mon prédateur porte l’estocade…

         Je me rappelle les doux matins andalous où un soleil protecteur baignait la prairie verdoyante dans un océan de félicité. Je marchais tranquillement dans l’herbe basse tout en reluquant au loin les lignes érotiques de ces belles dames à la robe blanche tachetée de roux. Leurs yeux si vides d’expression m’étaient un univers de paix dans lequel je pouvais me reposer sans éprouver la moindre crainte pour le lendemain. Et me voilà aujourd’hui, ici, dans ce cirque sablonneux, étendu de tout mon long sur le sable à présent souillé de mon propre sang, laissant la vie me quitter lentement sous les applaudissements de la foule en délire. J’ignorais que la joie pouvait naître d’une mise à mort. Je l’apprends à mes dépends. Alors que mon prédateur parade tout autour de moi en agitant son bout de tissu rouge et son épée recouverte de mon sang, j’observe le vide qui m’entoure : jamais je ne me suis senti aussi seul qu’à cet instant présent où la lumière s’estompe et où les sons s’étiolent peu à peu. Je n’ai plus mal. Je ne sens plus les piques, les banderilles ni l’épée. Je ne sens plus rien. Mon souffle se fait plus court, les battements de mon cœur ralentissent, mes pensées se figent dans l’immensité du néant. J’ai sommeil maintenant. Je vais fermer les yeux et dormir un peu. Juste un petit peu.

 

         Et dans l’exaltation de la victoire, le toréador lui coupa les oreilles et la queue.

[..]

Ultimes pensées

         Qui suis-je sinon un fétu de paille emporté par le vent mauvais ? Je me rends compte à présent que ma vie ne trouve de sens que dans l’inlassable questionnement sur l’existence… mon existence. Alors que les ténèbres envahissent ce cloître où je suis involontairement encastré, je me dis que mon essence ne nait que dans l’inépuisable source de l’imaginaire. Ma réalité se borne à quelques mètres de béton renforcés par des barreaux qui glacent mes jours d’un effroi effrayant. Puisque me voici condamné à l’immobilité, je rêve à des voyages par-delà les frontières du réel, ces territoires mystérieux que tout un chacun a un jour rêvé d’explorer. Mais mes rêves se heurtent à la réalité cruelle et je demeure prostré dans cette solitude abyssale qui fait de moi une rose rubiconde prisonnière d’une muraille de neige.

        Ma mémoire joue une symphonie pathétique, celle d’une enfance lointaine qui jouit d’une nostalgie larmoyante. Mes premiers souvenirs me ramènent à un salon fait de bric et de broc, ces chez-soi artificiels composés de meubles et d’objets du tout-venant. Certes, je le reconnais, mes parents ne disposaient que de peu de moyens et vivaient au jour le jour avec les artifices du superficiel. Pour autant, autant qu’il m’en souvienne, je ne garde que des souvenirs heureux de ces moments passés avec eux dans la splendeur de l’amour paupérisé. Un bout de bois devenait un canon surpuissant capable de détruire les forts les plus solides, une boule de laine se métamorphosait en poupée de porcelaine qui valsait sous l’embrun irisé d’une symphonie, Un CD usagé se transformait en un bolide plongé à toute vitesse dans les rues symétriques de New-York. J’étais heureux malgré l’économie, un enfant innocent, si innocent, qui barbotait dans un océan de félicité.

        Dix heures du soir. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas vu le soleil, mais j’en devine l’éclat dans les yeux de mes gardiens, ceux qui rêvent déjà de leur soirée en famille après des heures de travail à me surveiller. Moi et les autres. Je n’ai de notion du temps que dans la vision de cette montre-horloge à quelques mètres de ma cellule. Comme il est étrange de constater que le temps se fait long quand on compte les secondes avec frayeur. Après tant d’années passées dans la lugubre cellule qui est devenue ma compagne d’infortunes, j’en viens à me dire que c’est la lumière qui m’a toujours manqué. La lumière d’une amitié réelle qui aurait su m’éloigner de toutes ces racailles qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, la lumière d’une femme aimante qui aurait pu me donner ce que j’ai toujours recherché : un écho à mes suppliques sentimentales, la lumière d’un enfant à la blonditude angélique qui aurait su me prodiguer l’innocence qui me manque depuis ces années d’enfermement. Le scintillement stérile des néons répondent à mes attentes comme le venin d’une amante à l’heure de la rupture.

       Les images défilent dans ma tête à l’instar d’une musique qui se répandrait dans un couloir ténébreux. Je me rappelle mon adolescence étrange où l’inconnue était une quête existentielle. Ces drogues de poudre ou de paillettes qui faisaient de moi un oiseau plongé dans les méandres de l’univers, ces femmes-enfants dont la rousseur se faisait douceur sur le velours de ma peau transie, et tous ces tiroirs-caisses qui tintaient sur le regard apeuré des commerçants quand je pointais sur eux ma lame ou mon flingue. Dollars pour un taulard, Euros pour un zéro, j’ai passé plus de nuits derrière les grilles d’une prison que dans le lit douillet de ma maison. Etais-je mauvais ? Je ne le sais pas. Tout juste un humain qui ne trouvait de mots que dans l’expression de la violence sous toutes ces formes. J’ai fait pleurer mes parents par mes bêtises, j’ai fait rire mes juges devant mon innocence… d’esprit. Quoi qu’il en soit, les années ont passé et m’ont bâti tel que je suis aujourd’hui, sans artifices, tout juste moi avec mes qualités et mes défauts, mes certitudes et mes doutes, mes joies et mes souffrances, mes certitudes et mes peurs. Et me voilà aujourd’hui.

       La ronde de onze heures piétine mes derniers espoirs sous un fatras de « clacs » talonnés. La lettre est posée sur mon lit, comme ça, sans la moindre esthétique sinon celle de la tendresse. Je la prends en mains. Elle m’a écrit. Encore une fois. Une dernière fois. Une femme parmi d’autres, divorcée et sans enfants, là-bas, au beau milieu de Wyoming. Pourquoi elle ? Pourquoi moi ? Ce fut une première lettre, envoyée au hasard à la prison mais qui m’avait toujours été destinée. Et puis une autre, puis une autre, puis encore une autre ; tous ces mots qui, couchés sur un papier fané, se sont déversées sur mon cœur esseulé. Nous fîmes connaissance, nous nous sommes découverts, nous avons appris à nous tolérer, nous accepter, et enfin nous aimer. Elle est ma seule fenêtre vers l’extérieur, cet ineffable sourire qui luit par-delà les cimes de la souffrance. Nous nous écrivons tous les jours, dans un inlassable flot de sentiments aigus, en nous adressant les mots les plus doux, les plus tendres, sans qu’aucune barrière ne nous bloque sinon celle du regard des gardiens qui lisent nos amourettes d’un œil avide. Elle me comprend, elle connait mes doutes et mes tortures. Elle sait me prodiguer le baume du bonheur quand se répand la souffrance. Et à l’heure où sonne le glas, je lis ces baisers encrés comme l’ultime ravissement de mes sens.

       Quelques photos jaunies font rejaillir en moi les moments d’avant, ceux où je pouvais déambuler dans les rues sans boulet à mes pieds. Je dois l’avouer avec honte : j’étais un homme à femme. Je les collectionnais comme on accumule des timbres, les unes après les autres, ayant de l’intérêt pour elles durant une petite période avant de passer à une autre. Non point que je ne les ai pas aimés, mais chaque corps était une contrée inconnue que j’explorais avec soif de connaissance. J’y ai découvert le bonheur et la souffrance, la compréhension et le mépris, l’amour et la haine. Pour autant – je m’en rends compte aujourd’hui -, jamais je n’ai pu aimer une femme pleinement, seulement goûter au fruit défendu puis le délaissant pour un autre plus attrayant. Au fond, j’étais seul dans leurs bras, immensément seul. Peut-être est-ce à cause de cela que je fuyais sans cesse vers la pénombre des bars où se déversait le feu de l’interdit. Je me sentais entouré par tous ces pochards qui ne se rendaient même pas compte que j’existais mais qui me faisait croire que je me reflétais dans leurs yeux. Je dois le reconnaître aujourd’hui : je n’ai jamais trouvé d’écho, juste des mirages dorés.

       Je regrette, je regrette plus que tout. Une forêt de têtes beuglait aux tréfonds de ce bar et je m’étais mêlé à la masse en l’imitant totalement. Un verre de trop, un mot de trop, un coup de trop… et le tournoiement des gyrophares dans la nuit. Je ne voulais pas le tuer, juste lui asséner ma souffrance par une violence naïve. Mais il est mort et me voilà bientôt sans vie. Minuit lugubre dans mes oreilles, alors que claquent les bottes dans le couloir. Ils viennent me chercher. Qui sont-ils ? Deux ou trois gardiens uniformisés qui agissent comme des automates alors qu’ils réalisent un acte sans nom, un prélat quelconque qui va m’asséner des sermons à deux sous tandis qu’on m’enchaînera les pieds et les mains, le directeur de la prison qui prendra son air le plus triste pour me dire que mon derniers recours n’a pas abouti. Des guignols. Des guignols dans le grand carnaval de la tuerie barbare. Le cliquetis de la clé dans la serrure résonne en moi comme un tourbillon de lames acérés, le bruit des barreaux qui s’écartent crissent et font se répandre une charge de dix mille volts dans ma colonne vertébrale, le « c’est l’heure » du directeur glace mon sang au point que je ne puis plus ressentir le bout de mes membres. C’est la fin.

       Une cellule vide où git une lettre ouverte sur le lit, un couloir long et blanchâtre où résonne encore mes derniers pas et, par-delà la frontière de ces murs recouvert de chaux vive, la mort impitoyable qui m’attend. Ce n’est pourtant qu’une petite pièce de rien de tout à travers la vitre de laquelle des dizaines de yeux vont s’abreuver de mon agonie, une petite pièce vide sinon la présence d’un meuble si banal, une petite pièce vide où trône dans sa luxuriance morbide une chaise électrique.

[..]

Tatiana

            Comment dire ce qui est impalpable sinon en faisant ruisseler mon sang sur ce papier couché, là, au beau milieu de ce parterre enneigé où git mon désespoir ? Mes mots se perdent dans la profondeur de la terre russe, sans que jamais leur écho ne puisse atteindre la cime de ton cœur. Ma vie me semble alors être un jour éternel de souffrances dont les pics acérés s’enfoncent dans la chair délicate de mes émois. Toi, Tatiana, dont le prénom résonne dans ma bouche en syllabes veloutées, le « ta » de talisman que je porte sur mon cœur qui bat la chamade et sur lequel sont gravées les lignes délicates de ton visage d’ange, le « tia » de tiare que tu dresses en oriflamme d’or sur ta chevelure de déesse et de laquelle s’exhale le parfum rare de la souveraineté que tu as imposé à mon âme, le « na » de narguilé qu’est ta douce voix dont j’inspire les volutes chamarrés et m’emplit les poumons d’un nectar de bonheur ; tu as osé te répandre dans la steppe de mon cœur, jusqu’alors clos à tout amour, et le transformer en une forêt touffue de passions. Et ce jour qui s’écoule lentement me fait songer aux flammes de l’Enfer tant il m’est horrible de t’aimer sans que tu n’en fasses autant, sans même que tu ne saches tout ce que je ressens pour toi.

 

            Les cieux se drapent sensuellement de leur robe bleu azuré, alors que disséminés dessous les nuages peluchent l’immensité d’un coton tendre. A travers les vitres de la véranda, recouvertes par la rosée matinale, je contemple ce spectacle si habituel aux scientifiques mais si poétique aux yeux de celui qui aime. Ma datcha a plongé ses racines au plus profond de la toundra où s’égaye en un feu d’artifices sauvage le lichen de mes sentiments. Je songe à tout cet espace vide que tu saurais combler de ta présence en un battement de cils qui noierait mes peines dans des flots de passion. Ma tasse est blanche mais mon café est noir, pas aussi noir que mes ténèbres, celles où réside ma solitude lancinante, la solitude de moi sans toi. Par gorgées fluettes j’avale ce breuvage dont l’amertume n’atteint pas celle que tu me laisses quand tu passes devant moi sans même remarquer ma présence. Chaque vitre de la véranda éclate de mille diamants comme la brillance de tes yeux qui, inlassablement, se tournent vers l’orient alors que je me trouve à l’Ouest. J’ai perdu le Nord en te voyant la première fois, depuis je ne fais qu’errer au beau milieu du lac infini Baïkal où ma barque existentielle prend lentement l’eau avant de de couler à tout jamais. Dehors, déjà, les oiseaux du pôle pépient leur mélopée énamourée tandis que moi je me morfonds dans le silence en ressassant chaque mouvement de ton corps langoureux, un corps qui dispose d’un esprit aussi rutilant que de la lave en fusion ; tu sais bien, Tatiana, ou peut-être ne le sauras-tu jamais, cette lave rougeoyante qui coule au fond de mes veines et dont chaque goutte est une larme que je dépose à tes pieds. La matinée s’égrène en particules de désespoir, et plus le temps passe, plus je me rends compte que ma vie n’a de sens que dans la présence de mon reflet sur tes pupilles dilatées. Je t’aime tant…

 

            Il y est parvenu, il a atteint le zénith ; le soleil, dans sa course effrénée jouit à présent d’une aura particulière, là, juché au cœur du ciel. C’est à ce moment que je me sens au plus bas, battu par le vent de mon amour transi, abattu par la balle glacée de ton ignorance de moi. Recroquevillé dans un coin de la cuisine, j’observe à travers la fenêtre boisée l’horizon si loin en me berçant de l’illusion que je pourrai discerner les sommets de l’Altaï. Mais nulle montagne ne se dessine, seul un mur haut et sombre s’étend devant moi. Qu’est-ce donc que ce mur ? Une barrière infranchissable, celle de ton cœur qui jamais ne battra pour le mien. Cette cuisine résonne étrangement : c’est le bruit de ces cloîtres pour solitaires à vie où jamais ne vibreront les voix cristallines d’enfants. Les tiens, Tatiana, se laissent bercer par ton chant d’amour, l’amour d’une mère qui enveloppe leur vie d’un écrin de bonheur. Ils sont là, tous les quatre, Igor, Svetlana, Pavel et Natasha, à te regarder fixement comme si la Vérité se dissimulait derrière la surface tigrée de tes iris. Et moi, pendant ce temps, je laisse vagabonder mes yeux de la gazinière où brûlent mes illusions au réfrigérateur où refroidissent mes ardeurs. Je me dis que tout mal amène un bien et que ton absence ne saura que faire croître encore plus mes sentiments pour toi. Mais à quoi bon aimer si en retour je ne reçois que la poussière du temps passant où chacune de mes nouvelles rides exprime le fossé qui me sépare de toi ? L’austère et frigide Verkhoïansk me semble plus féconde en tendresse que le vide émotionnel que tu laisses dans ton sillage quand tu te détournes de moi.    Je voudrais tant te hurler que je t’aime, ma voix se meure cependant dans ma bouche tant j’ai peur que tu ne te retournes et me dises tout le mépris que tu ressens pour moi. Les secondes sont tièdes, les minutes froides, les heures glacées, le temps ne saurait faire naître un foyer ardent dans ta poitrine. Tu ne m’aimes pas.

 

            La sempiternelle déliquescence de la lumière se joue sous mon regard triste et désabusé. Voilà que le crépuscule remporte à nouveau la bataille divine et que le saphir des cieux se fond dans le drapage noirâtre de la nuit à venir. Affalé dans le sofa, un énième verre de vodka en main, je murmure des mots muets dans le désert de ce salon qui n’a jamais connu la floraison de ton parfum. J’ai l’impression étrange et pourtant réaliste que je suis devenu l’une de ces îles isolées de la Nouvelle-Sibérie, tailladée par un vent glacé, isolée dans le vortex du néant, sans âme qui vive aux alentours sinon le rire grinçant d’un dieu qui l’a abandonnée. Au loin, une voile triangulaire se dessine, c’est la toile blanche de ta robe qui s’agite pour mieux m’exciter, mais qui t’éloigne de moi pour mieux me détruire. Il y a des silences pires que toutes les cacophonies, le silence inhérent à l’absence de l’Autre. C’est alors que ma psyché délétère ose t’imaginer déambuler le long de ma bibliothèque, cherchant avec intérêt un livre qui saurait t’emmener vers des rivages utopiques. Je te vois comme si tu étais là, là, en train de compulser un livre saint si peu orthodoxe qui te chanterait notre amour tel un prophète qui slame. Ce dernier te susurrerait les mots d’amour que je ne puis trouver le courage de te dire, il te révélerait que l’étendue de ma passion pour toi est plus immense que le long cours de la Volga, il te montrerait que pour tout fleuve, c’est l’Amour qui coule aux tréfonds de mon cœur. Or, il n’y a personne. Juste moi. Sans toi. Tatiana. Et mon salon s’enfonce dans le lugubre tandis que je noie ma souffrance au fond de ce verre dont le contenu ne pourra m’égayer, tout juste me faire un tant soit peu oublier que je suis amoureux de toi à en mourir.

 

            La nuit vient de tomber en un glas qui teinte le paysage d’un effroi sans nom. Je me trouve entre le marteau et l’enclume : au-dessus de moi, les ténèbres qui diffusent une odeur pestilentielle, en-dessous, la couverture de neige dont la couleur prend celle des chrysanthèmes fanés. Les battements de mon cœur forment une taïga au plus profond de cette steppe où chaque ombre de pierre me rappelle celle de ta silhouette. Plus tranchante que le couteau. Mon âme lacérée saigne à profusion sans même que tu n’en prennes garde. Tu es à mille lieux de là, lovée dans la luxuriance des lumières de Vladivostok. Et moi que deviens-je ? Une misérable particule de rien qui tournoie autour d’un massif rocheux qui ne daignera jamais déposer son regard sur elle. Allongé sur mon lit au baldaquin sculpté, je regarde cette nuit vide, sans la moindre étoile pour pimenter ma vie, sans lune pour veiller sur mes peines. Il n’y a de pire néant que celui de l’amour sans écho. Une lampe de chevet à l’abat-jour fantaisiste jette des arabesques sensuelles sur le plafond de ma chambre à coucher. Pourtant, plus rien ne danse en moins, tant s’est figé mes espoirs de pouvoir simplement éveiller ta curiosité. Toi, Tatiana, ma petite poupée russe, tu m’ignores et c’est pire que la mort. A nouveau la réalité se dissipe et cède le pas à mes fantasmes qui m’amènent à t’imaginer étendue à mes côtés. Comme j’aimerais de mes lèvres goûter au velours de ta peau, comme j’aimerais de mes mains gravir les monts les plus hauts et traverser les vallées les plus profondes, comme j’aimerais de mon corps frôler ton corps et de ne plus faire de nous qu’un seul et même être. C’est hélas avec une affliction indescriptible que la réalité revient à moi et que ne se trouve à ma gauche qu’un vide abyssal. Perdu dans mes pensées ruinées, je me rends à peine compte que sonne à des kilomètres de là les cloches de l’église. Il est minuit. Un jour vient de passer avec son lot de chagrins incommensurables. Comme d’habitude. Je me dis que, peut-être, demain verra la naissance de ton sentiment pour moi, mais au fond de moi je sais bien que chaque jour à venir ressemblera à celui-là et que je continuerai à songer à toi en parfaite utopie. Jamais tu ne m’aimeras. Jamais.

 

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